À lire

Poésie
Alba nova - éditions A fior'di carta juillet 2008
Parution juillet 2008
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Inédits

Nouvelles et fragments
Recueil : Petites faiblesses humaines
Désir, ambigüité des sentiments, hypocrisie, cruauté...
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Premier prix du festival Escales hivernales de Lille
Fragments

Roman
Journal d'une insulaire : JDI
Le quotidien d’une jeune corse, dans une famille névrotique.....
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Le journal du roman

Chroniques
Hors de l'espace et du temps
Un lundi sur deux, pour sortir ensemble des sentiers battus...
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Scénario
La faille du Diable et compagnie
Écrire des scénarios est une autre façon d'écrire...
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Infini

« Si tu veux progresser vers l'infini, explore le fini dans toutes les directions. »

Johann Wolfgang von Goethe

Le nez dans les étoiles, posez-vous la question : êtes-vous plutôt fasciné ou effrayé par cet infini, dont la voûte étoilée n’est que le seuil, et dont la réalité se dérobe à l’entendement humain ?

À première vue, tout ce qui concerne l’infini n’est que théorie et modèles mathématiques en puissances de 10. Ou métaphore. Impossible de faire l’expérience de l’infini.

Impossible ? À voir. Et si c’était l’inverse ? Si c’était la finitude qui n’était que théorique ? Prenons un exemple : le nombre d’êtres humains qui peuplent la terre est fini et connu. Pourtant il nous est impossible de faire l’expérience de cette finitude. L’expérience que nous avons de notre présence en relation avec les autres terriens est une expérience de l’infini. Vous pouvez avoir 300 numéros dans votre portable, faire de la politique et serrer des milliers de mains, même si vous y vouez votre vie, il est impossible de nouer une relation avec chacun. Et les exemples peuvent se multiplier… à l’infini. Infinis les grands espaces, les déserts ou les montagnes, dont les limites ne sont fixées que sur les cartes dessinées par l’homme. Infinis les océans, tant et si bien qu’ils n’ont pas encore livrés tous leurs secrets. Infini, le nombre de peuples, de cultures, de tribus à rencontrer pour comprendre l’évolution du monde. Infinis, les tours et détours de la littérature, des littératures, d’ici ou d’ailleurs, autant de chemins que nous ne pouvons parcourir en totalité. Introspection ? voyage sans fin également, les psychanalystes le savent bien.

L’univers qui nous entoure est un immense labyrinthe, que l’on évolue dans les jungles urbaines, les sphères intellectuelles, les sentiers empierrés ou les mers déchaînées, un labyrinthe qui ne finit jamais de nous surprendre, et dans lequel on tourne en rond, sans jamais trouver, ni le cœur ni la sortie.

En réalité, l’infini est partout, qui attend, de pied ferme, les explorateurs impénitents.

Ce désir d’explorer, cette curiosité insatiable, c’est la curiosité de l’infini, c’est la métaphore de la quête ultime. Les grands voyageurs, les boulimiques, les mono-maniaques, sont des voyageurs de l’infini. Des initiés qui ont compris la vraie nature de l’infini et ne peuvent se contenter de le mettre en équation, mais ont besoin de le vivre, jusqu’au vertige. Vertige des bibliothèques immenses, vertige de la voûte étoilée, vertige des fonds marins, vertige des sommets, vertige de l’atome. Si vous faites partie de ces explorateurs, la réponse que vous avez faite à ma question initiale est facile à deviner, vous êtes de ceux que l’immensité du ciel fascine et intrigue. Et vous êtes conscient que les seules limites sont celles, artificielles, que l’humanité a fabriquées pour se rassurer. Les seules vraies limites sont celles de notre imagination. Tout le reste est infini.

Équilibre

« L'art du guerrier consiste à équilibrer la terreur d'être un homme avec la merveille d'être un homme. »
Carlos Castaneda
Extrait de La Roue du temps

"Equilibre. Ce qui permet de ne pas tomber. De ne pas sombrer. On trébuche, on perd l’équilibre. Non. C’est parce que tu as perdu l’équilibre, c’est parce que l’harmonie s’est rompue en toi et dans ta perception du chemin, que tu as trébuché. Tu rétablis l’équilibre, tu reprends ta route.
On dit souvent, pour se consoler, que la marche est une succession de déséquilibres, que le déséquilibre est le propre du mouvement, de l’évolution et que l’équilibre absolu est une forme de blocage… Mais non. Ou plutôt si, mais seulement dans une vision étroitement humaine, et horizontale, de l’équilibre. Car l’immobilité n’est pas équilibre. Et l’immobilité de notre corps debout, planté dans la terre, n’est qu’apparente, car nous sommes soumis aux énergies et aux forces qui régissent l’univers. Cette immobilité-là n’est pas absence de mouvement, mais renoncement et statu quo. Elle n’est pas équilibre, elle est pétrification.
L’équilibre ce n’est pas seulement à l’intérieur de soi. L’équilibre global, l’équilibre dans la verticalité, dans la prise en compte de tous les niveaux de conscience, c’est l’harmonie. Toutes les vibrations harmonisées, comme dans un orchestre : les relations aux autres, l’environnement, les pensées, les caractéristiques profondes de notre être, les aspirations… Comme dans un orchestre, la note juste, c’est-à-dire l’acte juste, au moment opportun. L’équilibre, c’est quand le funambule ne fait plus qu’un avec sa corde et avec l’espace, quand il parvient à régler sa fréquence en fonction de la fréquence du vide, au-dessous, et du vide au-dessus. L’équilibre, c’est faire du patin à glace sur un miroir sans matière.
Les apparences sont trompeuses. Voyez l’équilibre de l’iceberg, à la surface de l’eau. Visuellement, ce n’est pas équilibré, il y a sous la surface près de 90% du volume. Mais l’équilibre de l’iceberg sur les flots est réalisé sur cette ligne-là. Pourquoi cet équilibre n’intervient-il pas lorsque les deux moitiés du bloc sont exactement réparties, en taille, en volume ? Parce qu’il existe d’autres forces en présence que celles qui sont immédiatement visibles et accessibles à nos sens. Des forces qui ont été découvertes et mesurées par la physique.
L’équilibre, c’est quand toutes les forces sont équilibrées.
Force d’attraction, force centripète, capacité à agir comme un aimant dans l’univers, capacité à construire, éclairer, comprendre, capacité à rassembler ce qui est épars. Force de répulsion, force centrifuge, capacité à agir comme une polarité inversée, à repousser au loin ce qui n’est pas en harmonie, capacité à enlever, lisser, purifier, à brûler l’ivraie, à sécher la moisissure, à illuminer les angles obscurs, à chasser la poussière en un mot, à faire le ménage.
Une force n’est pas supérieure à l’autre. Il n’y a pas une force positive et une force négative. Elles sont toutes les deux indispensables pour atteindre l’équilibre de l’homme réalisé, de l’homme aux cinq dimensions représenté par Leonard de Vinci. Et cet équilibre ne se mesure ni en mètres, ni en kilogrammes, ni en euros, ni en quarks…
L’équilibre, c’est la balance qui ne penche plus et qui s’élève, elle-même sans poids, et qui n’a plus rien à peser parce que les corps ne sont plus soumis aux lois de la gravité.
Équilibre. Ce qui permet de ne pas sombrer.
L’équilibre parfait, c’est lorsque l’être, élevé, touche à cet instant de grâce où il évolue hors de l’espace et du temps."




Vouloir

« Pour obtenir quelque chose, il faut le vouloir vraiment » …
« Tu dois savoir ce que tu veux » …
« Vouloir c’est pouvoir ».
C’est avec ces petites phrases que l’on a fabriqué des générations d’adulescents capricieux.
Je veux ! Je veux ! Et je veux sans attendre !
Vouloir vraiment, cela signifie vouloir de tout notre être, dans une harmonie totale de toutes les facettes de notre personnalité, comme les instruments d’un orchestre. Vouloir vraiment, c’est quand toutes les parties de notre être sont « tendues » vers la même cible. Il ne s’agit pas d’une tension au sens tension nerveuse, il s’agit de la tension de l’arc juste avant de lâcher la flèche vers la cible, ce moment où rien d’autre n’existe que la cible. Lorsque la vibration est harmonieusement tendue vers cette cible, lorsque le vouloir se fait évidence, il n’y a plus de vouloir, ne reste que l’attente sereine de qui a lâché sa flèche.
C’est pourquoi vouloir vraiment quelque chose, cela implique, paradoxalement, de n’être plus dans le vouloir. De n’être plus dans le demain, mais à un niveau de conscience où l’espace et le temps n’ont plus la même signification. Dans le présent infini de la flèche partie. Dans la sérénité. Dans la certitude de l’accomplissement. Dans la confiance.
Rester dans le vouloir, c’est continuer à être tendu vers son objectif, c’est se crisper sur son arc jusqu’à la crampe, c’est ne jamais lâcher la flèche, et donc… ne jamais atteindre la cible, ne jamais obtenir ce qui est si violemment voulu.
Continuer à vouloir, c’est paralyser tout son être autour de ce vouloir, lui ôter la souplesse et la réactivité qui font sa force et son efficacité. Continuer à vouloir, c’est ériger un mur devant son arc bandé et sa flèche prête à partir.
Bien sûr qu’il faut « savoir ce que l’on veut » : qui aurait l’idée de tirer la même flèche sur plusieurs cibles à la fois ? Bien sûr qu’il faut, avant toute chose, faire vibrer en harmonie les différentes parties de soi, et les mettre d’accord sur un objectif, sur une cible donnée. Se connaître suffisamment pour choisir la bonne cible, celle qui correspond à notre mission, à nos capacités, celle qui est en cohérence avec notre identité. Savoir ce qu’on veut, c’est être capable de faire la différence entre l’objectif élevé (forcément élevé) qui est le nôtre, et le processus qui y conduit. Gagner au loto n’a jamais été un vœu en soi pour personne, ce que l’on veut, c’est ce que ça permet. Elle est là la vraie cible. Vouloir gagner au loto, quand ce que l’on veut vraiment c’est arrêter de travailler pour se consacrer à une passion, c’est confondre le processus avec l’objectif. C’est avoir la prétention naïve de contrôler la trajectoire de la flèche pendant qu’elle vole. Vanité !
Choisir une cible. Choisir une flèche. Tendre son arc. Viser. Lâcher.
Certains se contentent de regarder la cible intensément, et tombent en poussière sans avoir jamais tiré une flèche. D’autres se changent en statues de sel, l’arc éternellement tendu, la même séquence ruminée à l’infini.
C’est l’agir qui est pouvoir et non le vouloir.
Le vouloir est mental, superficiel et éphémère.
L’agir est choix et responsabilité.
Le vouloir est théorique, l’agir est pratique. Le vouloir est en surface. L’agir est au fonds.
« Le vouloir est un mur et non une marche »*.



* Dialogues avec l'ange - recueilli par Gitta Malasz

Écrire

Écrire. Écrire jusqu'au vertige. Écrire sans s'arrêter. Sur tout. Et n'importe quoi. la moindre seconde écoulée, comme une goutte d'eau tombant d'un robinet. Écrire. Le moindre brin d'herbe, le plus petit sourire, une idée ébauchée échappée, le vent un peu froid qui donne des frissons, la plaine immense à mes pieds, comme si j'étais un géant, comme si j'étais moi-même montagne immobile et sereine, éternelle. Écrire les reliefs où la lumière s'arrête, où les ombres s'accrochent, mystérieuses, inquiétantes et sauvages. Écrire le soleil qui tape dans mon dos, timide et si présent pourtant, comme si une loupe concentrait ses rayons juste là, au creux de mes reins. Toc toc.
Entrez. Entrez le soleil, le vent, la montagne et la mer. Entrez les éléments, entrez les mots et venez danser. Entrez dans mon univers qui vous transformera et qui se nourrira, de vos infinis comme de vos limites, de vos murmures comme de vos hurlements comme de vos silences, de vos pleins et de vos déliés, de vos densités comme de vos néants, de votre ronde comme de votre immobilité. De tout ce qui fait de vous autre chose que des symboles tracés à l'encre bleue et que des humains ont codés, pour l'éternité. Autre chose que des bâtons utiles. Autre chose que des pattes de mouche. Quelque chose de l'échange, de la mise en relation, de la transmission. Quelque chose de subtil et de difficilement déchiffrable et de tellement humain.
Écrire jusqu'au vertige oui, écrire et rien d'autre, à peine posé le pied au sol ou pas encore, à peine avalée la première gorgée de café ou sans, écrire et tout lâcher et se laisser emporter. Ne rien manger, ne pas parler, ne pas bouger. Se transformer en un seul fil d'énergie d'écriture, et laisser le stylo, tenu par ce fil à plomb dans sa droiture, poursuivre sa course éternellement. N'être rien d'autre que ce fil ininterrompu, ce ruban bleu qui danse devant mes yeux. Oublier de manger et de boire et de penser. N'avoir plus de corps, ni d'organes, ni de conscience, juste un fil d'écriture, qui s'enroule et se déroule et parcourt des chemins, et explore, et découvre, et, en faisant le tour du monde, nous en ramène la mesure.
Rien qu'une fois, faire cette expérience-là. Se lever et écrire. Juste écrire. Comme si rien d'autre n'existait, n'avait jamais existé et n'existerait jamais, de toute éternité. Écrire sans réfléchir, sans s'arrêter. Comme celui-là qui, ayant enfin choisi un chemin, laissant derrière lui le carrefour, se hâte sans jeter un seul regard en arrière, sans regret pour la prison dans laquelle, jusque là, il tournait en rond. Écrire pour en sortir. Écrire pour s'en sortir. Écrire pour, après avoir mesuré le monde, se laisser glisser le long du fil à plomb et descendre au plus profond. Écrire pour toucher le cœur.

Le groupe

J'ai toujours eu peur d'être avalée par le groupe. Broyée, digérée, oubliée. J'ai toujours eu peur d'être assimilée. J'ai toujours préféré me sentir étrangère qu'intégrée. Non, je ne suis pas issue de l'immigration. Au contraire, je suis née sur la même terre que mes parents, que mes grands-parents, que mes arrières-grands-parents. Et je ne me suis jamais sentie aussi étrangère que dans ma propre famille.
Comment trouver ma voix dans la clameur commune ? Comment libérer mon âme en restant prisonnière de l'ornière collective ? Comment faire rayonner mon énergie dans l'obscurité ambiante ?
Fallait-il se renier soi-même pour être acceptée ?
J'ai préféré m'accepter, et être reniée peut-être.
Et j'ai suivi mon chemin, à tâtons, dans une solitude extrême.
Solitude choisie. Solitude subie. Solitude fragile.
Car enfin, faut-il être têtue pour refuser ainsi l'évidence ! L'union fait la force, comme chacun sait. Et le tout est supérieur à la somme des parties. Presque tout le monde le sait aussi. Alors quoi ? Quel est cet entêtement à porter une parole différente ? Vanité ? Non pas... Maintes fois je me suis sermonnée, tentant de me persuader qu'"ils" avaient raison et que j'avais tort.
Mais au fonds, je le sais aujourd'hui, l'important n'était pas d'avoir raison ou tort.
L'important, c'est la sincérité de ma voix. De ma vibration. Et la résonance qui existe entre cette vibration et celles qui l'entourent.
Et la grande difficulté c'est de trouver cette résonance.
Car il n'y a pas de résonance sans harmonie. Certes, la puissance d'une chorale ou d'une marée sont sans commune mesure avec la puissance de la voix ou de la vague. À condition que toutes les voix et que toutes les vagues se combinent harmonieusement. Alors oui, c'est comme si les potentialités, au lieu de s'ajouter, se multipliaient. Alors oui, le tout est supérieur à la somme des parties. Alors oui, le groupe protège, encourage, renforce, sans étouffer ni briser chacun de ses éléments. Qu'il s'agisse d'une famille, d'un parti politique ou d'un cercle philosophique, lorsque les membres du groupe sont sur la même longueur d'onde, lorsqu'ils vibrent à l'unisson, l'énergie qu'ils émettent est d'autant plus forte, claire, rayonnante.
L'harmonie est la clé de l'épanouissement des groupes. Et l'harmonie intervient si et seulement si il existe, entre les composantes d'un groupe, une énergie assez puissante et assez positive pour permettre à l'énergie supérieure de se manifester. Cette énergie, c'est l'amour. Il n'y a pas d'harmonie sans amour. Il n'y a pas d'eggrégore sans amour.
Et lorsque j'ai senti cette énergie se répandre en moi pour la première fois, ayant soudé mes mains dans la chaîne, loin de me sentir broyée, je me suis sentie libérée. Pour la première fois de ma vie, je n'avais plus peur du groupe. Je n'ai jamais regretté le chemin de solitude qui m'a conduit à cet eggrégore là. Car aujourd'hui, je sais que je ne serai plus jamais seule.

Silence

Tout vibre. Ce que perçoivent nos sens n’est jamais que vibration, captée puis transmise à nos neurones, et qui passant d’un hémisphère à l’autre, se transforme en information intelligible. La lumière et les couleurs : vibration. Les sons, les graves, les aigüs : vibration. Le toucher : deux vibrations qui se rencontrent. L’émotion : vibration, qui peut même se transformer en vague puissante. Mais toute vibration n’est pas perçue par l’être humain. Deux exemples que tout le monde connaît : les ultra-sons et les ultra-violets. Qui démontrent, si besoin était, que ce n’est pas parce que la vibration échappe à nos sens qu’elle n’existe pas.
Dans le silence, la vibration de la parole émerge du néant, germe et croît, en se propageant, en circulant. Le silence est écoute active, le silence est indispensable à la naissance de la réflexion, le silence permet au secret d’exister et d’éclôre, de prendre tout son sens. La parole naît du silence, le mouvement naît de l’immobilité. Dès lors, le silence et l’immobilité sont-ils absence de vibrations ? Non. Vibrations différentes. Et complémentaires des premières. De même que le blanc n’est pas absence de couleur, l’immobilité n’est pas absence de mouvement, le silence n’est pas absence de son. Silence et parole, immobilité et mouvement, deux aspects d’une même réalité, deux faces de la même pièce de monnaie, deux fréquences pour la même vibration. Comme la glace et la vapeur sont toujours le même élément.
S’il est désormais communément admis que le blanc est composé de toutes les autres couleurs, étendre le raisonnement au mouvement et au son peut laisser perplexe. Envisageons ceci : nous savons que nous évoluons dans un univers qui est lui-même en mouvement. Par conséquent, ce que nous appelons immbolilité est une immobilité relative. Pour atteindre une immobilité absolue, la vibration de la matière doit se synchroniser avec celle de l’univers, comme l’équilibriste sur son ballon, agite les bras et adapte ses mouvements à ceux de la sphère. Ainsi, pour atteindre l’immobilité absolue, celle de la sérénité, il faudrait que les vibrations de nos actes et celles de l’univers s’accordent dans une harmonie parfaite. De la même façon, ce silence intérieur dont un être humain a besoin pour se construire, c’est un silence plein, un silence en relief, un silence d’action et de lumière. Le silence produit par tous les sons, unis dans une harmonie parfaite. Non pas ensemble, mais unis. Au moment où leurs vibrations n’en forment plus qu’une.

Fusion

"Fusion… À prononcer avec l’accent, s’il vous plait… Fusion, c’est la mondialisation dans nos assiettes, version chic. Fusion, ça veut dire que nous avons le droit de picorer, de mélanger, de dépareiller, de cohabiter. Fusion, c’est la gastronomie à la carte. C’est tout un état d’esprit, une philosophie. Et pas qu’en gastronomie d’ailleurs. En politique, on picore à droite, on picore à gauche, on mélange bien, on saupoudre de démocratie participative, on pimente avec un extrême, et chacun crée son propre parti. La spiritualité n’est pas épargnée par la tendance fusion. On croit en Dieu mais on brûle de l’encens pour purifier les énergies de l’appartement, on discute avec son ange gardien et on travaille son karma en vue d’une prochaine incarnation… Il n’y a plus de règles, il n’y a plus de maîtres, exit les modes d’emploi. Voici les ingrédients, faites-en ce que vous voulez… ou ce que vous pouvez. Fusion, c’est ordonner les choses et le monde selon son bon vouloir, exactement l’inverse des vérités révélées. Fusion c’est se prendre pour Dieu. Pas étonnant que ça ait autant de succès.
Et puis c’est séduisant comme concept : les cultures se rencontrent, se mélangent, c’est esthétique, c’est bon, c’est tendance… c’est presque un symbole de tolérance et de fraternité.
Pourquoi je ne suis pas convaincue ? Pourquoi en écrivant cela, je me dis que décidément, quelque chose cloche ?
Peut-être parce que pour aller à la rencontre d’une culture, il ne suffit pas de picorer… Peut-être parce que la gastronomie, la musique, l’art, la littérature, la spiritualité, constituent un tout cohérent qui ne se résume pas à la somme de ses parties, peut-être parce qu’ils font sens sous un éclairage historique et contextuel qui lui-même n’est perceptible que lorsque toutes les pièces du puzzle sont en place…
Peut-être parce que manger du figatellu1 en carpaccio sur des blinis nappé de rassam2, même si c’est délicieux, même si c’est fusion, c’est surtout une hérésie. C’est à l’opposé de la rencontre culturelle. Dans la découverte culturelle, on se demande d’où vient le mot figatellu, on apprend qu’il est tiré d’un mot qui signifie « foie », on comprend donc qu’il est fabriqué à base du foie de porc tout juste tué, on découvre qu’il n’existe aucun mot en français pour traduire figatellu, pas plus que pour traduire rassam d’ailleurs, et on se laisse surprendre, emmener, transporter dans les montagnes corses par le rituel du figatellu cuit au feu de bois, et dont la mauvaise graisse tombe en crépitant dans les braises rougeoyantes.
L’assiette fusion est à l’opposé du partage et de la tolérance. C’est une dépossession. C’est une spoliation. C’est la mondialisation dans ce qu’elle a de plus terrible : la dépersonnalisation, la fusion des individus dans la masse. Fusion…"

1 Spécialité corse produite seulement de novembre à février (le reste de l’année il s’agit de contre-façons)
2 Sauce indienne à base d’épices et de tamarin, un fruit tropical dont le goût rappelle un peu le citron

Accélération

"Vous vous sentez parfois dépassés par les événements ? Vous vous sentez aspirés jusqu'au vertige par une accélération sans précédent ? Les avions, les médias, internet, l'ère de l'instantanéité, tout cela n'est que l'aspect visible de cette accélération. Non pas la cause, mais la conséquence. La société toute entière, l'être humain dans son essence sont en phase d'accélération.Vous vous sentez submergés, secoués, ayant perdu tout contrôle, vous aimeriez bien faire une pause ?
Comme le fleuve, dont le débit, intensifié par un apport soudain, déluge ou fonte des neiges, accélère sa course, nettoyant les berges et submergeant les obstacles que la nature ou l'homme a placés sur sa route, ainsi dévale notre vie. La seule façon de ne pas être balayé par ce flux tempétueux, et en apparence incontrôlable, de ne pas le subir, en étant ballotté, misérable brindille, de croyance en croyance, de mode en mode, de fanatisme en soumission, de matérialisme en déraison, la seule façon au contraire d'en sortir purifié et nourri, c'est de s'enraciner dans l'être. C'est d'augmenter le niveau de conscience de chaque geste, chaque pensée, en apparence les plus anodins.
Vous ne savez pas comment faire pour augmenter le niveau de conscience ? Il y a une clé, augmenter l'intensité. Comme un curseur, que vous pourriez placer où bon vous semble. L'intensité, c'est la qualité plutôt que la quantité. L'intensité, c'est la finesse des perceptions sensorielles, la netteté, le contraste, la lumière, l'harmonie. C'est l'acuité visuelle, sonore, olfactive. L'intensité advient lorsqu'on laisse advenir l'être, lorsque l'espace est laissé libre. L'intensité d'un son provient aussi de la qualité du silence qui l'a précédé. L'intensité d'une émotion est fonction de la façon dont on l'accueille. L'intensité se reconnaît à sa qualité vibratoire, à ses effets, qui se font sentir encore longtemps après le stimulus, comme les ondes en cercles concentriques se propagent encore, longtemps après que le caillou ait été englouti.
Un état de conscience élevé, né de l'intensité de l'expérience sensorielle, se reconnaît à une implication totale de tout votre être, dans sa globalité.
Agir en conscience, dans l'intensité, c'est garantir une présence à soi et au monde qui permet l'enracinement. Vivez les choses intensément, en profondeur, au lieu de les vivre en surface et de n'en cueillir que l'écume. Plongez dans les profondeurs de votre être. Car au fond, le bouillonnement est moindre. Laissez-vous glisser le long du fil à plomb et réalisez comme plus vous descendez, plus c'est lumineux. Une fois ancré à soi, une fois au fond, au coeur, chacun peut, sans aucun danger, se laiser guider par le courant. C'est la deuxième clé. Ne luttez pas contre l'accélération.
Augmentez l'intensité, et ensuite, laissez-vous guider."